“La réforme du baccalauréat n’a pas pris en compte les aspirations à l’enseignement supérieur.”

“La réforme du baccalauréat n’a pas pris en compte les aspirations à l’enseignement supérieur.”

FIGAROVOX / ENTRETIEN – Les épreuves du baccalauréat ont débuté le mercredi 11 mai, avec les épreuves de spécialité. Pour le président du Snalc, il faut maintenir un système national d’examens finaux et anonymes, et repenser la réforme pour créer des parcours académiques cohérents.

Jean-Rémy Girard est le président du conseil d’administration Nous vous aurons (Association nationale des lycées et collèges).


FIGAROVOX. – Alors que le choix des études supérieures se fait majoritairement sur dossier, l’examen du baccalauréat a-t-il encore un sens ?

Jean-Rémy Girard. – Le baccalauréat a encore un sens, car sans le baccalauréat aujourd’hui on ne peut pas terminer ses études supérieures, c’est une sorte de barrière tarifaire. D’autre part, le baccalauréat n’est pas qu’une chose individuelle, c’est aussi un examen national qui permet de définir un standard de ce que l’on attend d’un élève en fin de lycée. C’est ce qui nous permet d’essayer d’enseigner la même chose sur tout le territoire. En l’absence d’un tel examen national, qui existe d’ailleurs dans tous les systèmes scolaires, le risque serait accru d’évoluer vers une pédagogie différenciée selon les établissements ou les groupes sociaux. Le baccalauréat est donc aussi ce qui permet d’assurer une éducation relativement homogène.

Cette volonté de passer le bac à différents moments de l’année brouille complètement le calendrier scolaire pour les élèves de terminale, mais aussi pour ceux des autres niveaux qui n’ont pas de classe lorsqu’ils passent leurs examens de terminale.

Jean Rémy Girard

Annulés en 2020 et 2021 pour cause de Covid, c’est la première fois que des examens de spécialité sont organisés depuis la réforme. Comment voyez-vous la réforme du baccalauréat ?

Cette réforme du baccalauréat avait une idée assez intéressante au départ, celle d’inscrire les épreuves spécialisées dans le dossier Parcoursup. Cela peut apporter un intérêt supplémentaire à l’orientation dans l’enseignement supérieur. Le problème c’est que le système Parcoursup est très lent, donc les tests sont censés avoir lieu mi-mars (ils ont déménagé cette année à cause du Covid). Ces tests de début d’année posent de nombreux problèmes dans l’organisation de l’année scolaire au lycée. Tout d’abord, sur la motivation des étudiants après avoir réussi les examens, mais aussi sur la qualité de la préparation que nous leur donnons. Pour préparer le bac, il ne suffit pas de passer par toutes les classes, il s’agit aussi d’acquérir des méthodes qui demandent du temps.

On voit aussi que cette réforme du baccalauréat a été vendue comme permettant une réoccupation du mois de juin en allégeant les épreuves terminales en fin d’année. Cette année on voit que ça ne marche pas, il n’y a pas de réouverture pour juin, les cours s’arrêtent comme d’habitude dans les lycées, c’est-à-dire début juin. Ensuite, les collègues sont occupés par d’autres activités, en particulier la langue orale merveilleuse et chronophage. Non seulement nous avons rattrapé juin, mais nous avons aussi perdu mai. Cette volonté de passer le bac à différents moments de l’année brouille complètement le calendrier scolaire pour les élèves de terminale, mais aussi pour ceux des autres niveaux qui n’ont pas de classe lorsqu’ils passent leurs examens de terminale.

Après cette expérience du bac, nous pensons que le système des examens nationaux finaux et anonymes en fin d’année est probablement le moins mauvais, et celui qui fait perdre le moins de temps.

Jean Rémy Girard

Le système de notation du baccalauréat a évolué avec la réforme, et désormais 40 % de la note finale est basée sur le contrôle continu et 60 % sur des épreuves écrites ou orales. Est-ce une bonne idée de laisser plus de place à une surveillance constante ?

Au Snalc, nous nous opposons au fait qu’il y ait beaucoup de surveillance continue dans le dépistage national. L’observation continue enlève une partie de la dimension nationale de l’examen, créant de plus en plus le baccalauréat local. Comme nous le savons, les notes peuvent varier d’une école secondaire à l’autre. D’autre part, le contrôle constant entraîne également de nombreux effets néfastes, notamment une forme de tension chez une partie des élèves car ils ont l’impression que toutes les épreuves du semestre font partie du bac. D’autre part, le contrôle continu crée une forte pression chez les enseignants car contrairement aux examens finaux qui sont inconnus de l’élève mais aussi du correcteur, en contrôle continu on sait qui met la note. Cela signifie qu’un élève, une famille ou une hiérarchie peut se plaindre d’une correction, ce qui peut mettre à rude épreuve les relations au sein de la communauté éducative.

Après cette expérience du bac, nous pensons que le système des examens nationaux finaux et anonymes en fin d’année est probablement le moins mauvais, et celui qui fait perdre le moins de temps. En fait, ce système ne permet pas de fixer le plateau au Parcoursup, mais vu le calendrier, c’est quand même très compliqué. De plus, cela évite la pression sur les enseignants tout au long de la première et de la dernière année qui peuvent se concentrer davantage sur l’enseignement et la progression de leurs élèves, plutôt que d’être les machines à marquer. aimer.

Les épreuves écrites de spécialité portent sur deux matières, choisies par les élèves parmi les trois qui ont étudié en première année, et elles ont un coefficient de 16, qui est le plus élevé de toutes les épreuves. En affectant davantage les élèves, la réforme du baccalauréat a-t-elle permis de mieux les orienter en fin de semestre ? Ou au contraire y a-t-il un manque de culture générale une fois dans l’enseignement supérieur ?

Il y a certaines filières associées à la réforme du lycée qui fonctionnent correctement, et de ce point de vue, les examens de spécialité sont finalement assez classiques par rapport à ce que l’on connaissait avant, y compris au niveau des labos. Mais le principal problème est, en fait, que le fait de n’avoir que deux majeures dans la dernière année crée un chemin très étroit, voire très étroit, dans un certain nombre de postes. De nombreuses études supérieures reposent souvent sur plus de deux majeures. Par exemple, les classes préparatoires BCPST, les classes préparatoires Véto et Agro, contiennent un tiers de Maths, un tiers de Physique-Chimie, et un tiers de SVT. Avec deux majors à la gare, l’expression avec le patron ne fonctionnait plus.

Le vrai souci de cette réforme du lycée, c’est qu’elle s’est faite sans chercher à exprimer les attentes du président. Il est très compliqué pour nous, en tant qu’éducateurs, de conseiller les étudiants sur la majeure à choisir ou à abandonner en fin de première année par rapport à leurs projets. Parfois, si le projet d’un étudiant change, la porte se ferme, car il n’a pas gardé la bonne majeure.

On voit mal ce que feraient sans les mathématiques des étudiants de dernière année qui ont eu comme majeures les sciences de la vie et de la terre, l’économie et les sciences sociales.

Jean Rémy Girard

Nous pensons qu’il faut revenir au vrai Baccalauréat National sur la base d’épreuves finales nationales et anonymes. Par ailleurs, sans forcément revenir à l’ancien système avec les flux S, ES et L, il faut limiter ce qui est aujourd’hui une sorte de choix sélectif des disciplines, très complexe à organiser et à assurer pour les enseignants, et pour les étudiants à trouver leur chemin. Nous voulons revenir à une forme de liste, plus diversifiée que S, ES et L, c’est-à-dire des secteurs avec des choix à l’intérieur qui permettent des parcours cohérents. Aujourd’hui, il est difficile de savoir ce que feraient sans les mathématiques des étudiants de dernière année ayant eu comme majeures les sciences de la vie et de la terre, l’économie et les sciences sociales.

Nous pensons qu’il ne sera pas possible de remettre les mathématiques à tous les élèves à la rentrée prochaine car des moyens horaires ont déjà été accordés aux établissements. Nous n’avons pas de professeurs de mathématiques, les horaires sont déjà en place, la rentrée 2022 a déjà commencé, nous demandons que la place des mathématiques dans le cours général soit refondue plus sérieusement pour prendre des mesures structurelles à la rentrée 2023.

Nous pensons à une autre discipline mathématique différente, plus orientée vers l’économie, c’est-à-dire les mathématiques qui étaient présentes dans le secteur économique et social antique. Les élèves que nous avons perdus en mathématiques avec la réforme du secondaire ne sont pas les boursiers qui continuent généralement à étudier les mathématiques, mais ceux qui étudiaient auparavant la filière ES. Ils font de l’économie sans étudier les maths, c’est un problème structurel.

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